Triple-Review : Un tour chez Yoshitoshi ABe

Present Day. Present Time. Hahahahaha !

Merci d’avoir lu cette review ! Sur ce, au revoir ! … Ah … Bienvenue dans cette triple-chronique qui aura pour but principal de vous embrouiller l’esprit (et de faire des blagues pourries), et de peut-être (éventuellement), vous donner envie de regarder des animés bien bizarres, à vous faire pousser des antennes ou des anneaux sur la tête.

Non, je n’ai pas pété un câble (Wire, vous saisissez ?) devant Haibane Renmei, NieA Under 7 et SURTOUT Serial Experiments Lain, 3 animés de 12-13 épisodes, que vous allez adorer, en particulier le dernier si comme moi vous êtes un peu fou (ya pas de mal à ça).

Pourquoi se fatiguer, et pourquoi ne pas regarder encore et toujours les même school-life animés (avec des boobs-gags bien sur) et des personnages aussi vides que mon porte-monnaie ? Et bien je n’ai pas la réponse (#TrouvezlaVousMême). Pourquoi l’être humain se pose-t’il tant de questions inutiles ?

Vous l’aurez compris, le lien entre ces 3 animés, c’est Yoshitoshi ABe, auteur/dessinateur de Haibane et NieA, et dessinateur/co-scénariste sur Lain.

Lain et Ain (personnage original présent dans le doujin Despera)

ABe est avant tout un auteur de doujin, un illustrateur et dessinateur de talent. Les 3 œuvres ci-après ne représentent que la portion adaptée à l’écran de son travail. Il a aussi travaillé sur le chara design d’animés plus connus comme NHK ni Youkoso et Texhnolyze. Ses illustrations dégagent vraiment un style unique. D’autres à voir plus bas.


La première forme de singularité dans ces 3 animés, c’est la portée philosophique. Et quoi de mieux et de pire pour en parler que Serial Experiments Lain !

Sans vouloir faire fuir personne, SEL (c’est une abréviation hein, pas de quoi en faire un plat) est sans aucun doute l’animé le plus fucked-up, que j’ai jamais vu (ce n’est pas un hentai).

Lain

Mais c’est sans conteste une expérience à réaliser une fois dans sa vie. L’histoire, pour faire simple : Lain est une fille renfermée et timide, pas très douée avec les ordinateurs (bizarre pour une époque où tout le monde semble connecté 24h/24). Progressivement, elle plonge dans le Wired, une sorte d’Internet (version ultra-sophistiqué), où elle découvre que son existence y est curieusement mêlée.

En réalité ce résumé n’est pas vraiment fidèle, car il est difficile d’extraire un scénario cohérent au début de l’animé. En effet, TOUT dans cet animé est fait pour troubler le spectateur : des événements irréels, des grésillements et des silences totalement dérangeants, des visions quasi-psychadéliques. Et c’est sans compter toutes les fois où l’auteur semble se foutre ouvertement de notre gueule parce qu’on n’a pas l’air de comprendre (voir vidéo plus bas).

Si ce n’était que ça, ça ne serait qu’un animé under-rated dont tout le monde se fout. Mais tout cela a un sens : pousser le spectateur à aller chercher au-delà de ce qu’il voit, et à réfléchir aux sens cachés derrière chaque épisode. Ne pas réfléchir en regardant Lain, c’est manquer 90% du contenu, et rater le génie de cette œuvre. La philosophie nous amène vers un tas de questions reliés à internet et à l’identité de l’être humain. Un exemple des plus flagrant : Suis-je la même personne sur internet et dans la réalité ? Et l’animé ne s’arrête pas là. Il en vient à des questions beaucoup plus larges sur la communication, la société, et même la religion (si vous arrivez à les trouver) !

Oui, c’est bien sa chambre

Et le plus fort, c’est que l’année de production, c’est 1998 ! Et à l’époque on ne pouvait pas vraiment parler de réseaux sociaux, c’est à peine si internet était vraiment démocratisé. Autrement dit, l’auteur a deviné toutes les questions que l’on peut avoir sur les réseaux sociaux et le devenir d’internet, il y a maintenant presque 20 ans ! Du pur génie.

Je vous laisse 2min sur cet opening (super musique au passage), qui commence par And you don’t seem to understand. Et oui, il y a bien ce rire super chelou au début de chaque épisode. Creepy.

Mais alors à qui doit-on ce chef d’œuvre ? Et bien c’est compliqué. ABe a certes travaillé sur le chara design, mais on a Ryutaro Nakamura à la réalisation, Yasuyuki Ueda à la production, et Chiaki Konoka à l’écriture. C’est probablement ce dernier, Konoka, The man who kept anime wierd, que l’on doit remercier. Notez que toute l’équipe (sauf Nakamura) remballe pour Texhnolyze (que j’aurai bien pu faire figurer dans cette liste), et c’est une plongée nihiliste dans une science-fiction apocalyptique sombre, mais néanmoins fascinante. Une expérience à ne pas manquer.


Une illustration originale de Haibane Renmei

Mais passons sur une note un peu différente. On a parlé de la portée philosophique avec Lain, mais l’œuvre suivante en dit aussi pas mal sur le sujet.

Et oui, nous allons parler de Haibane Renmei, encore un animé de 13 épisodes diffusé en 2002, réalisé par le studio Radix, mais ça on s’en fiche. Et oui, on l’a diffusé à Anim’Eisti cette année ! On a du goût dans cette asso ! Vous n’aviez pas reconnu les dessins de ABe ? Et bien vous auriez du vous en douter si vous aviez vu Lain.

Mais de quoi qu’est-ce que ça parle ? Et bien ici le scénario est compréhensible pour une fois (enfin en partie). Rakka (qui ressemble quand même beaucoup à Lain) se retrouve réincarnée en Haibane, une communauté de jeunes aux allures d’anges. Ayant tout oublié de sa vie d’avant, elle cherche à se retrouver et à s’intégrer dans cette ville unique isolée du reste du monde.

Rakka

Haibane Renmei est encore une fois très particulier, car il se situe pille à la frontière de deux styles, l’un plus complexe et psychologique que l’on a pu observer dans Lain, et l’autre beaucoup plus détendu (que l’on pourra voir dans NieA Under 7). Alors que l’animé commence avec un style détendu, l’ambiance devient assez sombre et plus du tout joyeuse vers la fin de l’animé. De plus, on ne peut s’empêcher de remarquer les énormes anomalies qui existent dans ce monde : Pourquoi n’y a-t’il qu’une ville ? Pourquoi ne peut-on pas sortir et qu’y-a-t’il à l’extérieur ? Et surtout, que sont les Haibane ?? Pourquoi n’a-t-on pas de réponse, hein ?!

Illustration de Reki

Et toutes ces questions qui vous tournent dans la tête ne seront pas vraiment répondues, si ce n’est qu’un conte qui pourrait nous faire penser à une allégorie de la Création de l’Homme. Bonjour la réponse. L’œuvre a beau être plus claire que Lain, on a un peu plus de mal à entrevoir ce que l’auteur à voulu dire. Néanmoins, on rentre beaucoup dans la psychologie de Rakka, qui se trouve tourmentée par la vie, la mort, et son existence. Et c’est tout de même vachement intéressant, et très agréable à regarder, avec des personnages attachants et une bande son plutôt cool.


Une illustration originale de NieA Under 7

Si comme moi les animés avec des bailles un peu bizarre ça ne vous fait pas peur, et que vous aimez l’humour décalé mêlé à des situations absurdes (peut-être parce nos vies sont absurdes ?!), alors vous aller aimer NieA Under 7. Encore un animé de 13 épisodes, encore animé par Triangle Staff (comme SEL) en 2000, et encore écrit/dessiné par Yoshitoshi ABe. Hmm, ça fait beaucoup de coïncidences …

Mayuko et NieA

Dans NieA_7, il y a … des aliens, … des soucoupes volantes (oui, des vrai de vrai), et … un très très gros vaisseau écrasé au loin dans le paysage du Japon. Mais ça, en fait tout le monde s’en fout dans cet animé. Oui, des aliens bizarres avec des antennes sur la tête sont arrivés, et alors ? C’est avec cet esprit là que l’on rencontre Mayuko (encore une Lain-like, mais un peu plus âgée cette fois), étudiante pauvre habitant dans une petite chambre d’une petite ville de la banlieue de Tokyo, et de cette fille alien sans antenne qui squatte littéralement chez elle, NieA. Un animé aux allures du slice-of-life, dans lequel la pauvre Mayuko devra vivre avec la turbulente, affamée, et bordélique NieA.

Eh bien là le scénario il est bien compréhensible pour de pauvres humains lambda comme nous. Le rythme est, un peu comme dans Haibane Renmei, assez lent, et il ne se passe pas toujours grand chose. Mais les personnages sont vraiment attachants, drôles, imparfaits et touchants. L’animé dégage une absurdité sans pareille, qui me rappelle un peu le cas de FLCL ou Fuli Couli, un grand Gainax de la même époque, vraiment bizarre lui aussi. Certains passages sont vraiment hilarants, et d’autres sont, comme dans Haibane Renmei, plus mélancoliques, passages lors desquels on en vient à avoir de la peine pour la pauvre Mayuko. D’ailleurs, les héroines de ABe sont toutes assez solitaires et isolées.

A gauche : Sans doute le personnage le plus absurde de tous les temps

Je dirais que c’est en regardant cet animé que les similitudes m’ont sauté aux yeux. Un sentiment dans chacun de ses animés ressemblant à ensemble d’incertitudes, de non-sens et d’absurdité, comme si chaque monde était en constante redéfinition. ABe et ses comparses ne cherchent pas à nous imposer un monde parfait régit par des règles précises et immuables. Et pour moi ça crée un tout bien plus convainquant et réaliste, certes moins attrayant, mais notre propre monde n’est-il pas ainsi conçu ? Un monde parfait avec des règles strictes n’existe pas, et le notre est aussi rempli de plein d’absurdités. Alors pourquoi vouloir se contenter de suivre des règles pré-établies ? Vivre le plus librement possible dans NieA, se trouver une place malgré soi dans Haibane, ou encore lâcher prise de tout contrôle dans Lain. Ce sont 3 débuts de réflexions présents dans ces œuvres, dans ces 3 puzzles animés bien singuliers.


Bon. C’était mon dernier article de cette année d’Anim’Eisti. J’espère vous avoir bien montré cette partie tellement intelligente et profonde de la Japanimation qu’on a trop tendance à laisser de côté, et qui me plaît énormément. J’espère aussi qu’après cette review vous n’aurez plus peur d’écrire des reviews sur n’importe quoi que vous ayez envie de partager avec cette communauté si sympathique. Sachez qu’il y aura toujours quelqu’un pour les lire (moi en l’occurrence).

Vous êtes encore là ? Merci d’avoir lu cette review ! Sur ce, au revoir ! … Ah … Bienvenue dans cette bzzzzzchhhhhttttt bzzzzzh bzzhh ………………  ……………….  ………….  ……. …….   …………….        …………….   ………   ……… ……….
Chronique entièrement rédigée entre 2h et 5h du matin.

Auteur : tansquer

Pour plus d'infos sur ce que j'ai vu, et ce que j'aime, rendez-vous sur MyAnimeList (profil: Tansquer)

2 pensées sur “Triple-Review : Un tour chez Yoshitoshi ABe”

  1. Superbe article! Bon, il m’ a conforté dans l’idée que Lain était pas forcement fait pour tous le monde mais bon, j’ai bien envie de voir NieA Under 7!
    Bon, pour ce qui est de Haibane Renmei, c’est l’une de mes séries favorites, je n’ai donc pas forcement un avis neutre à son sujet. Malgré tous, j’ai l’impression que tu a été dessus par cette série. Peut être parce que tu l’as vu après Lain, tu as cherché des questions et des réponses qui n’ont en effet pas beaucoup d’intérêt dans cet univers (il n’y a qu’a voir les réponses « données » par l’anime!).
    L’intérêt de cette œuvre est l’ensemble de ses personnages et de leurs relations les uns aux autres. Ici l’objectif (si il y en a un) est peut être plus de comprendre la nature humaine, les sentiments qui nous lie plutôt que le monde qui nous entoure. On a par exemple le nom des nouvelles Haibanes qui est décidé par la communauté, l’importance du travaille et de l’entraide… On y retrouve aussi un peu l’atmosphère des colonies de vacances: un groupe d’enfants et de jeunes rassembler a l’écart de la ville dans une grande maison avec des adultes qui veillent sur eux.

    D’ailleurs, j’aimerais bien savoir d’où vient la dernière image!

    1. Hmm, je ne dirais pas avoir été déçu par Haibane Renmei, je l’ai même vraiment aimé, mais c’est vrai qu’il m’a un peu troublé de part son esprit à la fois bon enfant et réfléchi.
      Ton analyse est je pense plus correcte que la mienne, j’ai un peu tendance à vouloir voir du contenu caché un peu partout.

      L’illustration finale est issue d’un des Artbook de Yoshitoshi Abe nommé « Lightness », ou « 祝祭の街 明 » en Japonais. Ça à l’air vraiment beau visuellement. Je vais tenter de trouver Despera au Japon ^^.

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