Les animes c’est du sérieux, parce que la culpabilité c’est du sérieux. [Traduction]

Cet article est une adaptation de cet article en anglais :
Anime is serious business because guilt is serious business.

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Les animes c’est du sérieux, parce que la culpabilité c’est du sérieux.

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La culpabilité. Oui, la culpabilité. Personne ne veut la ressentir. Elle implique qu’on ai fait quelque chose mal, et qu’on soit inférieur à quelqu’un qui aurait fait autrement. On m’a dit un jour que « On ne discute pas les goûts et les couleurs », mais en matière d’animes et de mangas (Ce qui n’exclut pas que ce soit également le cas autre part), le goût fait partie d’un jeu de dominance sociale, dont les enjeux sont énormes : son estime de soi sur internet.

Évidemment, ça semble stupide, et ça l’est. Mais les gens fonctionnent sous le paradigme du goût. Ils s’accusent les uns les autres d’avoir de mauvais goûts, chantent les louanges des créatifs pour leur « bon goût », comme s’ils pouvaient servir de référence. Ce qui importe ici est :

Les gens aiment certaines œuvres. Ces oeuvres les font s’amuser (se sentir bien).

C’est évident non ? Cependant, dans toutes les sociétés, il y a une compétition entre les pensées et les opinions. La pensée darwinienne mène à l’idée que parmi les opinions, les plus fortes (les plus aptes) survivent et finissent par dominer – par devenir les plus influentes. Étendez ceci à internet où  les sites de critique et les blogs ont du mal à survivre : les opinions dominantes recueillent le plus de clics, vues, abonnés, etc.. Tout cela entre en jeu. Plus important encore, personne ne veut se sentir mal d’aimer une œuvre.

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Un achat impulsif qui consiste à acheter à n’importe quel prix ce qu’un vendeur de jouet me propose, même si je sais pertinemment que l’appellation « Édition limitée » ne signifie pas grand chose quand le nombre d’acheteurs est réduit. Je l’ai payée au prix fort (Deux fois plus cher) alors que j’aurais pu utiliser cet argent pour des choses plus utiles ou importantes. Toutefois, ma série des Revoltech Macross est complète (pour l’instant). C’est un de mes plaisirs coupables.

Quelques considérations :

90% des animes et mangas sont merdiques (Conformément à la loi de Sturgeon). Ou alors, 80% des bonnes choses qui nous vient des animes et des mangas est dû à 20% des œuvres de ce que nous regardons (Principe de Pareto). Faites votre choix. Dans tous les cas, la plupart des œuvres que les gens aiment entreront dans la catégorie des « non excellents ».

La plupart des gens n’apprécieront pas d’être catalogués comme ayant de « mauvais » goûts. Donc lorsqu’il s’agit d’aimer des animes ou des mangas de qualité discutable, le spectateur/lecteur est confronté à un choix.

  1. J’accepte que cet anime est imparfait/mauvais/épouvantable et que mes goûts sont imparfaits/mauvais/épouvantables. Ou :
  2. Je rejette l’idée que cet anime est imparfait/mauvais/épouvantable. Ce sont les autres qui ont tord.

Quand j’y pense c’est une fausse dichotomie… et une binarité qu’on peut facilement déconstruire. Je fais donc le postulat que, le plus souvent (sans aucune statistique pour soutenir mes propos), ce choix se présente de lui même en premier lieu. C’est cette architecture de choix qui détermine les comportements, plutôt qu’une réflexion calme (froide).

Quand les gens choisissent #1, ou y sont forcés à cause du consensus général (ex : Akikan), ils jouent souvent la carte qui les autorise à prétendre que le fait qu’ils aient apprécié l’anime ne reflète pas du tout leurs goûts. Ils catégorisent l’anime comme un « plaisir coupable ».

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Acheter un kit génial à 70% de réduction, et ne pas le construire moi-même, est un autre plaisir coupable. Par contre, ne pas construire de vitrine et le laisser prendre la poussière, c’est pleinement de la culpabilité.

Il est intéressant de remarquer que ce concept de plaisir coupable fait en sorte que celui qui se fait plaisir de cette façon n’a jamais à ressentir de culpabilité. D’une certaine façon, l’anime ou le manga ne « compte pas ». Personnellement, je ne pense pas que les gens devraient se sentir coupables d’aimer quelque chose qui n’est pas considéré comme excellent (ce qui est subjectif de toute manière). Toute  cette question de plaisir coupable, basée sur la qualité relative des œuvres, est inauthentique.

Ce n’est pas comme si on attendait vraiment de nous qu’on ne regarde et apprécie seulement les chefs d’œuvres qui font consensus. C’est juste qu’on se comporte souvent comme si on avait  à le faire, et qu’on l’impose aux autres. Comment fait-on cela ? On crache sur les animes qu’on aime pas (ou on s’attend à ce que les autres ne l’aiment pas non plus !). Je me souviens comment les gens utilisaient l’excuse du plaisir coupable pour continuer à regarder Code Geass R2 malgré les commentaires cinglants qu’ils postaient après la sortie de chaque épisode.

Les gens n’acceptent tout simplement pas l’idée qu’ils puissent aimer de mauvais animes sans ironie ni une attitude défensive.

Après tout, ils y a ceux qui attendent impatiemment d’attaquer les autres sur leurs goûts, les traitant d’abrutis ou de merdes. Attaquer des animes, et les traiter de merde est juste la mise en place.  Il n’est pas difficile pour moi d’imaginer pourquoi les gens sont à ce point sur la défensive. Regardez, les animes populaires sont attaqués. Les chefs d’œuvre faisant consensus se font attaquer. Il n’est pas vraiment surprenant que des animes comme Kämpfer ou les animes de la saison d’hiver 2009 ou l’industrie de l’animation telle qu’elle est actuellement se fassent attaquer.

En outre, nous nous identifions grâce à nos goûts, que cela nous plaise ou non.  Choisir sa liste de favoris, c’est du sérieux. Dans un marché dont la monnaie est l’influence et le clic, notre image de marque en tant que fans, bloggers, critiques et connaisseurs est cruciale.

Personne ne veut vraiment être accusé d’avoir de mauvais goûts, et ce genre de culpabilité dérange les gens.

Si je n’ai pas encore été assez clair, je ne souscrit pas à ce genre de culpabilité. La qualité, en terme de mérite artistique et littéraire, ne permet pas pour moi de hiérarchiser les œuvres culturelles. Non, ce que je devrais plutôt dire c’est que je n’aime pas l’idée de hiérarchie entre les œuvres culturelles, que ce soit pour le jeu de dominances qui se déroule lors du processus de création d’une telle chose,  ou pour les dominances qui se créent lorsque de telles hiérarchies sont déclarées « officielles ». (ndt : Si on pouvait m’aider sur cette phrase qui contient le mot « faggerjackery » qui ne donne que 9 résultats sur Google…)

Je ne dis pas que les plaisirs coupables n’existent pas. C’est plutôt le contraire. Je suppose cependant, que la culpabilité est un sentiment provenant de manquements à la morale. Bien qu’aimer un anime ou un manga puisse être un problème moral, il n’en est pas un fondamentalement. Si je mens, je me sens coupable. Si je triche, je me sens coupable. Si je vote pour un escroc et qu’il se fait élire, je me sens coupable.

Quand je pense que Ikari Gendo de Neon Genesis Evangelion est cool, je me sens coupable. Quand je prends du plaisir à regarder un enfant (Hitokiri Batoussai) assassiner un épéiste dans un bain de sang macabre, je me sens un peu coupable. Lorsque je me délecte alors que des centaines de milliers de soldats se font transformer en poussière spatiale dans Legend of the Galactic Heroes ouais, je peux me sentir coupable. Je n’y pense pas plus que ça, je joue la carte du plaisir coupable et je continue sur un autre anime. Cela m’excuse-t-il de l’inauthenticité et de l’hypocrisie du plaisir coupable ? Je ne pense pas.

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En dehors de ses goûts de base, il y a d’autres plaisirs auxquels on peut se sentir coupable de se livrer, comme s’abaisser à regarder/lire des écolières s’allaiter les unes les autres [NSFW (lien mort)], ou simplement vouloir que certains personnages meurent pour telle ou telle raison, aidez moi à en trouver d’autres ! (ndt : Pourquoi le seul lien NSFW de l’article est mort ?? :(( )

J’ai le sentiment qu’il est important de noter comment les plaisirs coupables que j’ai identifiés ne sont pas spécifiques à un média, ni même à un genre. Je suis vraiment curieux de trouver de tels exemples. Si vous pouvez, partagez en dans les commentaires, j’apprécierais beaucoup.

__________ Fin de l’article ________

Ce ne fut pas de tout repos et j’invite les personnes avec un bon niveau d’anglais à relire ma traduction, certains passages ayant été particulièrement laborieux. Je vous laisse réagir à cet article dans les coms’ 🙂

2 pensées sur “Les animes c’est du sérieux, parce que la culpabilité c’est du sérieux. [Traduction]”

  1. Je n’ai pas repérée de grosse erreurs de tradction, mais je ne suis pas spécialement fort en anglais d’un autre coté… Bravo pour ce travail !

    Sinon, je me retrouve bien dans ce que dit l’article : Ne pas voir les mauvais cotés d’animés que j’adore, et penser que certains d’entres eux ne reflètent pas mes goûts^^

  2. Article très intéressant, je m’attendais à ce que l’analyse aille bien plus loin. Je pense que l’auteur a juste sur pas mal de points, en particulier sur le jugement communautaire de certaines œuvres.
    On est souvent influencé par les opinions des autres dans ce domaine, et il est dur de ne pas les subir, je traiterais de menteur celui qui me dit le contraire.
    Néanmoins, là où je diverge c’est sur les plaisirs coupables. Ce n’est pas parce que je regarde un animé très décrié et que j’aime ça que je vais ressentir une culpabilité. Après, on est libre d’en parler ou pas.

    Bonne traduction, les deux versions sont bien similaires, et puis faut dire que la version originale n’est pas toujours très claire. J’apprécie toutes les références à Code Geass x).

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